Ma vie d’avant


Les gens qui me connaissent via ce blog ou les réseaux sociaux m’ont toujours vu en couple et heureuse. Je parle souvent des bienfaits de ma relation avec mon chéri, cela fait maintenant 10 ans que nous sommes ensemble et je me sens tous les jours chanceuse de partager ma vie avec lui. Je ne parle jamais de ma vie d’avant, et aujourd’hui j’avais envie de le faire. Ça va être un article très personnel (qui est étroitement lié à celui-ci), et sachez que je ne l’écris pas pour m’apitoyer sur mon sort mais juste parce que j’en avais envie depuis un moment. J’en parle que très rarement, voir jamais, à personne. J’ai maintenant pris assez de recul au bout de toutes ces années pour en écrire ces quelques lignes. J’ai employé la troisième personne, j’ai raconté ça comme une histoire car c’était plus facile pour moi. 


Tiphanie se souvient que très peu de son père biologique. Il est partit à sa naissance et elle l’a vu quelques fois. Seulement quelques fois en 17 ans et depuis plus rien. Ça ne la gêne pas trop, elle n’y pense jamais vraiment. Sauf peut-être quand elle voit d’autres jeunes avec leur papa. Elle se dit que ça a l’air sympa.

Elle a eu un beau-père pendant très longtemps. Environ 16 ans. On ne peut pas dire que ça c’est très bien passé. Tiphanie n’a pas beaucoup de souvenirs des premières années, il lui semble que tout se passait normalement. Elle n’avait pas une relation proche avec lui mais elle n’en demandait pas autant. Et puis, elle ne sait pas trop pourquoi, mais ça c’est dégradé. Elle pense que c’est lié à l’arrivée de son petit frère, le fils de sa mère et de cet homme. Son beau-père a commencé à être plus sévère avec lui et sa grande sœur. Elles ont fini par le fuir. Elles ont appris à s’amuser dans leur chambre quand il était là et à n’en sortir que pour les repas ou quand il travaillait. Tiphanie n’en a jamais voulu au petit garçon qui avait été l’élément déclencheur. Elle le considérait comme son petit frère et s’en était toujours occupé comme une maman.

Plus sa soeur et Tiphanie grandissaient, plus la relation avec le beau-père empirait. Elle n’a jamais compris pourquoi. Le temps passait et les seuls échanges venant de lui devenaient violents. Pas dans les actes, dans les mots. Beaucoup d’insultes. Peu de patience. La soeur de Tiphanie repondait souvent, elle ne se laissait pas faire. Tiphanie, elle, ne disait rien. Au bout d’un moment, la grande soeur trouva un chéri et ses moments à la maison furent de plus en plus rares. Jusqu’à ce qu’elle ne vienne plus. Tiphanie ne pouvait pas lui en vouloir de fuir ce quotidien.

Les mois passaient, elle ne sortait de sa chambre que pour aller en cours, se doucher et manger. Elle s’évadait dans la musique, il ne passait pas une journée sans qu’elle ait son casque sur les oreilles. Dans sa chambre. Dans la rue. Dans le bus. Et même dans la salle de bain quand elle se préparait le matin. Elle trouvait des occupations : l’écriture, le dessin, les jeux vidéo. Elle passait des heures à regarder les mêmes films ou les mêmes séries.

Au collège et au lycée, ça n’a pas été toujours rose. Elle a été parfois harcelée mais ça, elle n’en a jamais parlé. Sa dernière année de lycée fut heureusement parfaite. Les élèves de sa classe étaient géniaux, elle avait de chouettes ami(e)s. C’est dans cette même classe qu’elle rencontra celui qui allait devenir toute sa vie. Mais ça, Tiphanie ne le savait pas encore. Finalement le lycée était devenu sa planche de salut; l’endroit où elle pouvait tout simplement discuter, rire et où elle était appréciée.

A la maison, Tiphanie redoutait le moment où il fallait sortir de sa chambre, alors des fois elle ne mangeait pas. Elle savait que pour aller à la cuisine, il fallait passer devant lui. Et si elle le faisait, elle avait droit à une insulte à son passage. Connasse. Sale merde. Feignasse. Parfois Tiphanie avait le cran de répondre, parfois elle se contentait de serrer les dents et retenir ses larmes. Le plus souvent sa mère ne disait rien. Elle ne lui en a jamais voulu pour ça. Elle avait déjà assez d’une personne à détester.

Elle ne savait pas comment serait le futur. Dans sa chambre, son territoire, Tiphanie avait des rêves plein la tête. Tous l’emmenaient loin de cette maison.

Elle se souvient encore de cette journée de Pâques, elle avait 19 ans et une dispute a éclater. Elle ne sait même plus pourquoi. Il l’a menacé avec un couteau. Elle lui a dit « Vas-y ». Elle le pensait. Finalement, elle avait pris la voiture et était partie. Personne n’en avait jamais reparlé.

Cette année là, c’était la fin du lycée et Tiphanie était contente car elle allait partir de la maison pour ses études. Le quotidien allait changer; finie la haine, fini les insultes. Au tout début de l’été, quelque chose d’inattendu se passa. Elle embrassa un garçon. Ça n’était pas la première fois mais là c’était différent. Elle se souvient parfaitement du jour où il lui a dit Je t’aime pour la première fois. Elle se souvient de l’endroit, de ce qu’ils faisaient, de sa voix. C’était la première fois depuis très longtemps qu’elle entendait ces mots.

Sa vie changea. Elle se retrouva baignée dans l’amour. Ca faisait tellement de bien. Il y a eu des moments difficiles, elle était difficile. Les mots la blessaient facilement. Elle avait peur de se retrouver seule. Mais, il était là pour l’aider à faire face à ses peurs. Ils étaient ensemble.

On lui avait dit qu’au fil des années l’amour s’estompait. C’est tout à fait le contraire qui c’est passé. Elle apprit à aimer, à l’être en retour et à chérir chacun de ces moments. Evidemment, son passé avait fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui et il lui joue des tours parfois mais maintenant, elle le sait, elle n’est plus seule.

Source photo : Kaboompics.com

Cet article a été lu par 1449 petits chats !

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8 Comments

  1. Manon Godard

    21 septembre, 2017 at 14 h 36 min

    Bravo pour avoir écrit et publié cet article, j’espère que ça t’a fait du bien.
    Certaines choses me remuent beaucoup car elles me renvoient à ma propre histoire : lorsque je vivais chez ma mère mon beau-père était très violent dans les mots aussi, comme toi je me retranchais dans ma chambre. Je répondais, jusqu’à la dispute de trop où j’ai fuit cet environnement (j’ai toujours la culpabilité d’avoir abandonné mon frère et ma sœur, du coup le départ de ta sœur me renvoie à mon propre départ). Toute la fin de ton article, sur ton chéri, me fait aussi écho.
    Je suis très heureuse pour toi que ce passé soit derrière toi, et qu’aujourd’hui tu reçoives l’amour que tu mérites. En fait en lisant ton article j’ai juste envie de t’envoyer un gros câlin virtuel et un gros BRAVO !

    1. Tiphanie

      21 septembre, 2017 at 16 h 50 min

      Hello Manon, merci d’avoir pris le temps de laisser un commentaire.
      Je ne sais pas si ça m’a fait du bien, pour le moment c’est juste étrange d’avoir balancé cette histoire sur mon blog. J’en parle à personne et je crois même que j’ai dit des choses que je n’avais jamais dit à mon conjoint. Mais je suis contente de l’avoir fait.
      Surtout parce que j’ai eu 2/3 retours comme le tiens qui me montre que je ne suis pas la seule. Et ça fait plaisir de le savoir.
      J’ai envie de te dire que je suis heureuse aussi que tout ailles mieux pour toi. Plein de bisous <3 Et gros câlins !

  2. lespapotagesdesixte

    21 septembre, 2017 at 18 h 28 min

    J’ai été très touchée par tes mots, ton histoire, et le bonheur que tu as trouvé. Si je n’ai pas vécu les mêmes difficultés, n’ayant jamais eu de problèmes avec mes parents, mais j’ai mes propres autres casseroles et je sais combien l’Autre (avec un grand A) peut tout changer, réconforter, sécuriser, redonner confiance. Je te souhaite encore plein de jolies choses 😉

    1. Tiphanie

      22 septembre, 2017 at 8 h 25 min

      Coucou, et merci pour ton commentaire. Je suis contente de voir que ce texte peut toucher. Et de voir que, comme moi tu as su trouver la personne qui t’as apporter tout ce dont tu avais besoin.
      Plein de bisous.

  3. Le boudoir d'Amandine

    22 septembre, 2017 at 10 h 55 min

    Coucou !
    Ton article est très émouvant. Ton enfance et adolescence a dû être difficile pour toi. Ta vie d’aujourd’hui n’a plus rien à voir et tu es heureuse c’est l’essentiel.
    Pleins de bisous.

  4. Carine - Il était une brune

    22 septembre, 2017 at 11 h 22 min

    Hello Tiphanie !
    Je te félicite d’avoir trouvé le courage de nous partager cette douloureuse partie de ta vie. Tu as vécu quelque chose de très difficile. C’est pas évident de se livrer, surtout sur des moments si personnels, mais tu l’as magnifiquement fait et j’ai été très touchée par tes mots. Je suis ravie que tu ai trouvé le bonheur que tu mérites :).
    Je te souhaite d’être heureuse.
    Bisous !
    Carine

  5. Joy slowjoyblog

    26 septembre, 2017 at 9 h 13 min

    Coucou Tiphanie, bravo et merci de nous avoir partagé cela. Comme quoi, on a tous des histoires qu’on a caché et qui en grandissant, on apprend à vivre avec et laisser aller… Perso, j’ai été aussi baignée dans une enfance violente. Pas que verbale, mais aussi physique. Jamais sur moi, mais mon père envers ma mère. Je fais partie des rares enfants à avoir été heureuse que mes parents divorcent. Pendant de longues années, je n’ai pas voulu pardonner à mon père. Aujourd’hui, j’ai réussi, je vois qu’il a changé aussi. Une chose est sûre, c’est que j’ai aussi été chercher énormément d’amour et de tendresse chez mon chéri avec qui je vis 🙂

  6. Melifog

    26 septembre, 2017 at 13 h 04 min

    J’avais commencé ton article alors que j’étais occupée à côté. J’ai préféré le mettre de côté pour le lire calmement, posée devant le pc. J’ai bien fait. Ton texte est vraiment prenant. On avait un peu discuté de certains points en commun… Ça n’en est pas moins prenant et touchant. C’est courageux de se livrer de la sorte et c’est très bien écrit. Tu as vécu des choses difficiles mais comme tu l’as dit, ça fait de toi ce que tu es aujourd’hui… Ça permet de savourer encore plus les petits plaisirs et les instants de bonheur, de les apprécier à leur juste valeur. Merci pour cet article vraiment touchant <3